Al Qadi Al Qudat Abu Yusuf

Il s’agit de Ya`qoûb ibn Ibrâhîm al-Kûfî (738-198), plus connu sous le nom d’Abu Yusuf, le Cadi suprême, le brillant élève de l’Imam Abu Hanifa, l’un des trois pôles de l’école Hanafite.

Le parcours scientifique de l’Imam Abu Yusuf commença avec beaucoup de difficultés, son histoire est similaire à ce que beaucoup de jeunes musulmans vivent aujourd’hui à cause du mécontentement des parents lorsque leurs enfants, au détriment des études profanes, étudient les connaissances sacrées de l’Islam. Dès son jeune âge, l’Imam Abu Yusuf avait une grande passion pour l’étude mais son père, qui était très pauvre, tenait à ce qu’il s’occupe du commerce afin qu’il ne soit pas dans le besoin. L’Imam se plia à la volonté de son père, mais dès qu’il était libre il se précipitait auprès des savants et rejoignait les cercles de sciences. L’Imam nous dira à ce propos :

« Je voulais étudier auprès du savant Ibn Abi Layla (ra), qui reconnut mon potentiel. Cependant, quand un problème juridique complexe se posait, la réponse se trouvait auprès de l’Imam Abu Hanifa (ra). C’est pourquoi, au fond de mon cœur, je tenais à étudier avec l’Imam et bénéficier de lui, mais la peur de blesser Ibn Abi Layla m’en a empêché. Finalement, je fini par fréquenter les cercles de l’Imam Abu Hanifa. Un jour, alors que j’étais présent dans son cercle, mon père est venu et m’a amené de force à la maison. Puis il me dit : « Mon Fils ! Allah a satisfait Abu Hanifa dans sa vie, il est riche et aisé, alors que tu es pauvre et nécessiteux, pourquoi veux-tu être comme lui ? Tu devrais te soucier de gagner ta vie.  »

Suite aux pressions exercées par son père, l’Imam finira par abandonner ses études à contrecœur. Quelques jours plus tard, l’Imam Abu Hanifa remarqua l’absence de son jeune et brillant élève, il demanda donc aux autres élèves : « Pourquoi est-ce que Ya’qoub ne vient plus ? L’Imam Abu Yusuf dira :

« Quand je fus informé que l’Imam Abu Hanifa avait parlé de moi, je suis allé à sa rencontre et je lui ai raconté toute l’histoire, alors l’Imam me tendit discrètement un petit sac. Une fois rentré, je regardais à l’intérieur et je trouvais mille dirhams. L’Imam me dit également : « Quand il sera vide, informe m’en « . Cependant, avec la grâce d’Allah, je n’ai jamais eu à lui demander, il me donnait régulièrement ce dont j’avais besoin selon sa propre estimation ».

Dès lors, l’Imam Abu Yusuf devint un étudiant assidu de la horde d’étudiants qui venaient s’asseoir aux pieds du grand Imam. La science que l’Imam Abu Yusuf a acquise de l’Imam Abu Hanifa était principalement le Fiqh. Toutefois, il convient de noter qu’il était un maître dans le domaine du Hadith et des Aathar ainsi que dans d’autres sciences telles que l’histoire et la littérature.

L’historien Ibn Khaldoun rapporte que l’Imam Abu Yusuf avait mémorisé un vaste éventail d’histoires, du Maghazi au Ayyamul arabe. Il est également de notoriété publique qu’il était une autorité dans le Hadith, si bien que lorsque le grand Imam Ahmed commença sa quête de Hadith, sa première destination fut les cercles de l’Imam Abu Yusuf comme il est rapporté par le Khatib Al Baghdadi dans son Tarikh. L’Imam Ahmed dira :

« Si dans toutes affaires il y a accord entre trois personnes, alors on ne fait pas attention au verdict de quiconque est en désaccord avec eux. » Quelqu’un lui demanda, « Qui sont-ils ?  » Il répondit, « Abu Hanifa, Abu Yusuf et Muhammad ibn al-Hassan. Abu Hanifa est le plus perspicace par rapport au raisonnement analogique. Abu Yusuf est le plus perspicace par rapport aux traditions. Muhammad est le plus habile avec l’arabe ».

Un tel niveau ne s’acquiert pas après avoir lu quelques livres ou après avoir passé quelques années à étudier le fiqh mais tout cela est le résultat de son sacrifice et son dévouement pour la connaissance sacrée. Rarement le monde ne connut une personne aussi dévouée à l’acquisition des connaissances que l’Imam Abu Yusuf.

En effet, il est rapporté que l’Imam Abu Yusuf était tellement absorbé par ses études qu’il était inconscient pendant ses repas.

Trente ans s’écoulèrent sans que jamais l’Imam Abu Yusuf ne manqua un seul cours de l’Imam Abu Hanifa. Un matin, un drame eut lieu dans sa maison: son jeune fils qui était gravement malade mourut. Ce matin, la prière funéraire et l’enterrement devaient avoir lieu en même temps que les cours de l’Imam Abu Hanifa. Lui qui portait l’Imam Abu Hanifa et la connaissance sacrée en haute estime chargea ses voisins de mener la prière funéraire et d’assister à l’enterrement à sa place ! SubhanAllah !

L’Imam Abu Yusuf sera nommé au poste le plus élevé du Califat : Al Qadi Al Qudat (Le juge suprême). La journée, il était consulté et donnait la Fatwa. Tous ses interlocuteurs étaient impressionnés par ses talents, les questions juridiques les plus complexes étaient résolues en quelques instants par notre noble Imam. Le soir, il se consacrait à l’enseignement du Hadith et du Fiqh. On pourrait s’imaginer que ses journées était chargées et laissaient peu de place pour l’adoration d’Allah, mais il n’en est rien ! L’Imam était un pieux qui adorait Allah et passait ses nuits en prières.

Les derniers instants de l’Imam seront marqués par la maladie et la douleur. Il est rapporté qu’une fois, un visiteur est entré alors qu’Abu Yusuf se trouvait allongé dans son lit, dans un état de détresse profonde. Le visiteur lui demanda:  » Est-ce les affres de la mort » ? L’Imam répondit : « Il n’en est rien, la raison de mon malaise est la peur de ce qu’Allah me réserve car j’ai jugé un conflit entre un musulman et un Juif, bien que al-Hamdulillah, mon jugement fut correct et en faveur du Juif, je ne peux oublier que, dans la cour le musulman était dans une position [confortable] et meilleure que celle du Juif.

Pendant sa maladie, il répondait tout de même aux questions de fiqh. On rapporte que juste avant de mourir, il dit : « Ô Allah ! Tu sais que je n’ai jamais jugé intentionnellement contre ce qui est clair. J’ai toujours fait prévaloir Ton Livre et la Sunna de Ton Messager sur toutes autres choses. Et quand une question complexe se posait j’ai eu recours à l’Imam Abu Hanifa qui fut ma source, et à ma connaissance pour comprendre correctement Tes lois, ne laissant jamais délibérément la vérité. Je remercie Allah et c’est Sa bénédiction sur moi qui m’a préservé de m’opposer volontairement contre qui que ce soit, et de n’avoir jamais favorisé aucune partie, ni le roi ni le sujet. Ô Allah ! Tu es témoin que je ne partageais rien d’interdit intentionnellement, et je ne consommais pas de dirhams illégaux … »