Les écoles de Tawḥīd et les sectes

 

 

 
Les Gens de la Sunna 

 

Le sunnisme, également appelé les Gens de la Sunna et de la Communauté (Ahl al-Sunna wa al-Jamā‘a), ne désigne pas un groupe apparu ultérieurement dans l’histoire de l’islam. Il renvoie plutôt à la voie principale, au tronc commun et à la voie médiane suivie par la majorité de la communauté musulmane.

Les sunnites se caractérisent par leur attachement au Coran, à la Sunna et au consensus (ijmā‘), ainsi que par leur respect envers les Compagnons du Prophète (ṣaḥāba) — que la grâce divine et la paix soient sur lui. Ils reconnaissent également un rôle à la raison dans la compréhension des textes révélés, mais refusent de modifier ou d’interpréter ces textes de manière forcée afin de les conformer à des théories purement rationnelles, comme l’ont fait les Mu‘tazilites.

La méthode des Salaf

La méthode des Salaf, qui correspondent aux trois premières générations, se caractérise par peu de détails et par un faible recours à la dialectique. Face aux gens considérés comme égarés, ils préfèrent répondre en citant des versets du Coran et des hadiths, adoptant ainsi un discours plus « spirituel » et fondé sur les textes. Beaucoup d’entre eux critiquaient la méthode dialectique (kalām), notamment parce qu’elle était principalement utilisée par les Mu‘tazilites.

La position générale des Salaf concernant les versets ambigus mentionnés dans le Coran et la Sunna consiste à les accepter et à s’abstenir d’en discuter en détail, tout en déclarant Dieu exempt des attributs des créatures.

Quelques ouvrages furent néanmoins écrits durant cette période afin de répondre aux partisans de l’innovation religieuse (bid‘a). Ces écrits restent toutefois relativement modestes, tout en étant suffisants pour les besoins des gens de l’époque. L’un des textes les plus importants rédigés vers la fin de cette période est le traité de ‘aqîda de l’imam al-Ṭaḥāwī (m. 321 H).

La méthode des Khalaf

Les Khalaf correspondent aux générations de savants qui viennent après les trois premières générations de l’islam. Contrairement aux Salaf, ils eurent davantage recours à l’argumentation rationnelle et à la dialectique. Cette évolution s’explique notamment par les rencontres avec les cultures grecque, perse et indienne, par la traduction d’ouvrages de philosophie et de logique, par l’introduction de nouvelles terminologies dans les sciences islamiques, ainsi que par l’évolution des formes d’attaque contre la croyance de l’islam.

Dans un premier temps, ce furent les Mu‘tazilites qui entreprirent de répondre aux critiques venant d’autres religions, des philosophes et de divers courants intellectuels. Cependant, ils ne parvinrent pas à maintenir un équilibre entre l’usage de la raison et la fidélité aux textes révélés. Progressivement, ils s’éloignèrent de ces derniers et furent influencés par certaines théories philosophiques de leur époque.

Face à cette situation, il devint nécessaire pour les savants sunnites d’utiliser eux aussi l’argumentation rationnelle et la méthode dialectique afin de répondre à la fois aux Mu‘tazilites, aux autres sectes et aux adversaires de la croyance musulmane. Cette démarche fut menée en reprenant la terminologie du kalām, tout en l’adaptant et en la rendant compatible avec le credo sunnite.

Les premiers savants à avoir emprunté cette voie apparurent dès le IIIᵉ siècle de l’Hégire, parmi lesquels al-Ḥārith al-Muḥāsibī (m. 243 H), Ibn Kullāb (m. vers 240 H) et al-Qalānisī. Ils tentèrent de développer, sur certains points, une argumentation dialectique inspirée de la méthode des Salaf, afin de répondre aux Mu‘tazilites et aux autres courants.

Toutefois, les véritables pionniers de cette approche furent les deux grands imams Abū Manṣūr al-Māturīdī (m. 333 H), en Transoxiane (Mā warā’ al-nahr, en Asie centrale), et Abū al-Ḥasan al-Ash‘arī (m. 324 H), en Irak. Grâce à leurs travaux, cette méthode se diffusa largement et donna naissance à deux grandes écoles théologiques du sunnisme.

La méthode des Khalaf consiste à accepter les versets et les hadiths dont le sens est clair, ainsi que le consensus des Compagnons et des savants mujtahidūn. Elle implique également l’acceptation des réalités extraordinaires mentionnées dans les textes révélés, dès lors qu’elles sont établies par des textes explicites et qu’elles demeurent rationnellement possibles.

Dans cette perspective, la raison occupe une place importante : elle sert d’outil de vérification et de clarification, mais elle ne constitue pas un principe déterminant qui primerait sur les textes révélés.

Concernant les textes ambigus mentionnés dans le Coran et la Sunna, la position générale des Khalaf admet deux approches : soit suivre la méthode des Salaf, lorsque cela est possible, soit procéder à une interprétation (ta’wīl) des textes ambigus, à condition que celle-ci demeure conforme aux règles de la langue arabe et aux principes généraux de la ‘aqīda.

Cette approche est principalement représentée par deux grandes écoles théologiques : l’école mâturîdite et l’école ash‘arite. En réalité, ces deux écoles ne divergent que sur certains points secondaires de la croyance, et non sur des principes fondamentaux impliquant la mécréance ou l’innovation blâmable (bid‘a). Par ailleurs, la plupart des divergences connues aujourd’hui sont apparues progressivement au fil du temps, et non à l’origine même de ces écoles.

Les grands représentants et répartition des écoles

Chaque école théologique a compté des savants éminents dans le domaine de la croyance :

      • Pour l’école ash‘arite : al-Bāqillānī (m. 403 H), Ibn Fūrak (m. 406 H), Abū Ishāq al-Isfarāyīnī (m. 418 H), al-Juwaynī (m. 478 H), al-Ghazzālī (m. 505 H), al-Fakhr ar-Rāzī (m. 606 H), al-Āmidī (m. 631 H), al-Baydāwī (m. 685 H), as-Sanūsī (m. 895 H), etc.
      • Pour l’école māturīdite : al-Ḥakīm as-Samarqandī (m. 342 H), Abū’l-Layth as-Samarqandī (m. 373 H), Abū’l-Yusr al-Pazdawī (m. 493 H), Abū’l-Mu‘īn an-Nasafī (m. 508 H), Abū Hafs an-Nasafī (m. 537 H), ‘Alā’ud-Dīn as-Samarqandī (m. 539 H), Nūrud-Dīn as-Sābūnī (m. 580 H), Ibn al-Humām (m. 861 H), al-Bayādī (m. 1098 H), etc.

En règle générale, les hanafites adhèrent majoritairement à l’école māturīdite, tandis que les malikites et les shafi‘ites se rattachent le plus souvent à l’école ash‘arite ; quant aux hanbalites, ils suivent soit la méthode des Salaf, soit se conforment ponctuellement à l’une de ces écoles dans certains aspects de la croyance.

 

Les Gens de l’innovation (bid‘a)

 

Le Kharijisme

Le kharijisme est apparu à la suite de la bataille de Siffīn et de l’arbitrage entre ‘Alī et Mu‘āwiyah (qu’Allāh soit satisfait d’eux). L’élément central de leur égarement réside dans une mauvaise compréhension du Coran, due à leur manque de science et de fiqh, la plupart d’entre eux étant des Bédouins.

Principales croyances contraires au dogme sunnite :

      • Ils affirment que quiconque commet un péché devient mécréant, et ils appliquaient ce jugement à de nombreux Compagnons, tels que ‘Uthmān, ‘Alī, ‘Ā’isha, Mu‘āwiyah, etc.
      • Ils considèrent qu’il est obligatoire de se révolter contre un gouverneur injuste, même si l’on n’en a pas la force.
      • Ils estiment que les actes — tels que la salāh, la zakāh, etc. — font partie intégrante de la foi. Selon eux, une personne ne peut être considérée comme croyante uniquement par la foi et la profession de sa croyance : elle doit également agir.
      • Leurs croyances n’étaient pas homogènes : chaque petit groupe pouvait développer des idées différentes.

Le terme « kharijite » est parfois utilisé de manière générale pour désigner ceux qui se rebellent contre le dirigeant musulman et qui s’écartent de la masse des musulmans en déclarant mécréants (takfīr) ceux qui ne partagent pas leur point de vue.

 

Le Shiisme

À l’origine, le terme shi‘a désignait principalement les partisans de Sayyidunā ‘Alī ibn Abī Ṭālib – que Dieu l’agréé -, lors des différents conflits auxquels il participa avec d’autres compagnons, notamment les batailles du Jamal et de Siffīn. Par la suite, ce nom désigna ceux qui restèrent aux côtés de ‘Alī face aux kharijites, jusqu’à l’assassinat de ce dernier – que Dieu l’agréé.

Avec le temps, certains partisans de Sayyidunā ‘Alī en vinrent à exagérer dans leurs propos et leurs idées à son sujet, s’éloignant ainsi de l’avis de la majorité de la communauté, le tronc commun appelé sunnisme. Les shiites se divisèrent alors en un très grand nombre de groupes, allant jusqu’à se lancer mutuellement l’anathème.

La principale raison de ces divisions était liée à la désignation du grand imam, le dirigeant des croyants, la doctrine shiite étant essentiellement centrée sur la notion d’imam infaillible. On peut néanmoins regrouper les différentes sectes shiites en trois grands courants principaux :

      • Les extrémistes (ghulāt) sont ceux qui ont exagéré dans leurs croyances au sujet de Sayyidunā ‘Alī ibn Abī Ṭālib (qu’Allāh l’agrée), au point de lui attribuer des qualités surhumaines. Certains d’entre eux sont même allés jusqu’à affirmer qu’il était Dieu, ou l’incarnation de Dieu, tandis que d’autres prétendirent que la révélation aurait dû lui être destinée plutôt qu’au Prophète Muḥammad – la grâce divine et la paix sur lui. Cette catégorie, caractérisée par des doctrines extrêmes, se divise en une quinzaine de sous-groupes.

      • Les contestataires (rawāfiḍ) furent ainsi appelés parce qu’ils rejetèrent l’imamat (le califat) de Abū Bakr et ‘Umar (qu’Allāh les agrée). Ils affirment que le Prophète Muḥammad – la grâce divine et la paix sur lui – aurait explicitement désigné Sayyidunā ‘Alī ibn Abī Ṭālib – que Dieu l’agrée – comme son successeur, en mentionnant son nom et en l’annonçant publiquement. Selon eux, la quasi-totalité des Compagnons du Prophète se seraient donc égarés en ne respectant pas cet ordre. Ils soutiennent également que Sayyidunā ‘Alī – que Dieu l’agrée – n’a pas pu faire valoir son droit au califat en raison de sa position d’infériorité à ce moment-là. Selon leur doctrine, il est possible pour un imam de dissimuler sa véritable position par taqiyya (dissimulation visant à se protéger). Parmi les rawāfiḍ, certains groupes extrémistes vont jusqu’à excommunier l’ensemble des Compagnons du Prophète, à l’exception de cinq d’entre eux. Les shiites imamites, qui appartiennent à cette catégorie et constituent aujourd’hui la majorité des chiites, reconnaissent une lignée d’imams. Le groupe le plus important est celui du shiisme imamite duodécimain, qui reconnaît l’autorité de douze imams. Toutefois, les différents groupes shiites divergent quant au nombre exact d’imams et à leur désignation. Au total, la catégorie des rawāfiḍ regroupe environ vingt-quatre sectes, certaines étant considérées comme plus éloignées encore de la doctrine sunnite que d’autres.

      • Les zaydites tirent leur nom de l’imam Zayd ibn ‘Alī ibn al-Ḥusayn – que Dieu l’agrée. Celui-ci refusait que ses partisans désavouent Abū Bakr et ‘Umar – que Dieu les agrée. Il reconnaissait donc la légitimité du califat de ces deux grands compagnons, même s’il est rapporté qu’il considérait Sayyidunā ‘Alī – que Dieu l’agrée – comme supérieur en mérite. Zayd ibn ‘Alī se révolta contre le régime omeyyade et tomba en martyr au cours de cette révolte. Les Zaydites, qui se réclament de son enseignement, se sont par la suite divisés en six sectes. En comparaison avec les autres groupes chiites, ils sont généralement considérés comme les plus proches du sunnisme.

Principales croyances contraires au dogme sunnite :

      • Leur critique des compagnons, qui va parfois jusqu’à les considérer comme mécréants, à les maudire et même à insulter la Mère des croyants, notre mère ‘Ā’isha – que Dieu l’agrée -, l’épouse du Prophète – la grâce et la paix sur lui -, en l’accusant d’adultère.
      • Le refus d’accepter le califat des trois premiers califes.
      • La prétention de certains groupes selon laquelle le Coran aurait été falsifié par les compagnons, qui auraient retiré certains versets ou certaines sourates.
      • Le refus d’accepter les hadiths rapportés par la majorité des compagnons. Les shiites ont donc dû s’appuyer sur d’autres sources pour construire leur doctrine et leur jurisprudence, ce qui a conduit à un important travail de fabrication et d’attribution de hadiths.
      • Leur croyance n’est pas homogène, car ils sont divisés en de nombreux groupes. Elle est souvent marquée par un syncrétisme doctrinal, mêlant parfois des éléments empruntés aux qadarites, aux mutazilites, voire aux mujassima (anthropomorphistes).
      • Ils divergent également sur plusieurs questions juridiques unanimement reconnues chez les sunnites des quatre écoles. Parmi ces divergences figurent notamment l’acceptation du mariage temporaire (mut‘a) — parfois même recommandé —, l’essuyage sur les pieds au lieu de les laver lors des ablutions, ainsi que le refus de l’essuyage sur les chaussons (khuffayn).

 

Le Mutazilisme

Les mutazilites tirent leur origine de Wāṣil ibn ‘Aṭā’ (m. 131 H), qui se serait retiré de l’assemblée de al-Ḥasan al-Baṣrī (m. 110 H). Ils se désignaient eux-mêmes comme « les gens de la justice et de l’unicité » (ahl al-‘adl wa al-tawḥīd). 

Parmi les principales figures du mutazilisme figurent : ‘Amr ibn ‘Ubayd (m. 144 H), Bishr ibn al-Mu‘tamir (m. 210 H), an-Naẓẓām (m. 231 H), Abū al-Hudhayl al-‘Allāf (m. 235 H), Abū ‘Alī al-Jubbā’ī (m. 303 H), ainsi que son fils Abū Hāshim al-Jubbā’ī (m. 321 H), et al-Qāḍī ‘Abd al-Jabbār (m. 415 H), entre autres.

Les mutazilites se divisèrent en une vingtaine de groupes différents, qui allaient parfois jusqu’à se déclarer mutuellement mécréants. Parmi ces groupes figurent notamment la Wāṣiliyya, la Hudhaliyya et la Naẓẓāmiyya.

Leur doctrine exerça également une influence sur certains courants du shiisme. Cependant, le mutazilisme connut progressivement un déclin à partir du Vᵉ siècle de l’Hégire, jusqu’à presque disparaître.

Principales croyances contraires au dogme sunnite :

      • Ils nient les attributs intelligibles (ma‘ānī) de Dieu. Par exemple, selon eux, Dieu est Savant, sans Lui attribuer l’attribut de la Science ; Il est Puissant,  sans Lui attribuer l’attribut de la Puissance.
      • Ils refusent la vision de Dieu dans l’Au-delà, considérant cette vision comme rationnellement impossible, malgré les textes qui l’affirment.
      • Ils soutiennent que la Parole de Dieu est créée.
      • Ils affirment que l’être humain crée lui-même ses actes volontaires par une capacité que Dieu a placée en lui.
      • Ils soutiennent également que Dieu est obligé de créer ce qui est rationnellement bon pour le serviteur, selon leur conception de la Justice divine.

 

Le Jabrisme

Plus qu’un groupe structuré, il s’agit avant tout d’un courant de pensée affirmant que le destin décrété par Dieu englobe entièrement l’être humain, au point que celui-ci ne disposerait d’aucun libre arbitre et serait contraint dans tous ses actes. Selon cette conception, l’être humain est comparable à une feuille emportée par le vent, incapable d’agir par lui-même. Cette position se situe ainsi à l’opposé de celle des mutazilites sur la question du destin. Elle contredit également la doctrine sunnite, qui affirme la responsabilité de l’être humain dans ses actes volontaires.

 

Le Jahmisme

Les jahmites sont un groupe fondé par Jahm ibn Ṣafwān (m. 128 H). Ils sont généralement rattachés aux jabrites, car ils nient l’existence du libre arbitre chez l’être humain. Comme les mutazilites, ils rejettent certains des Attributs de Dieu. Ils soutiennent également que Dieu ne peut être qualifié par un attribut qui serait aussi appliqué aux créatures. Pour cette raison, ils refusent par exemple d’attribuer à Dieu des qualificatifs tels que « Vivant » ou « Savant », car ces termes peuvent également être utilisés pour les créatures. En revanche, ils acceptent certains attributs comme « Créateur » ou « Puissant », qu’ils considèrent comme ne pouvant pas être appliqués aux créatures de la même manière.

 

Le Qadarisme

Il s’agit d’un groupe dont les premières figures furent Ma‘bad al-Juhanī (m. v. 80 H), suivi par Ghaylān ad-Dimashqī (m. 120 H). Leur doctrine s’oppose à celle du jabrisme : ils affirment que l’être humain agit sans qu’un destin préalable ne détermine ses actes, allant jusqu’à soutenir que Dieu ne connaît pas le choix du serviteur avant que celui-ci ne l’accomplisse. Cette pensée a exercé une influence sur les mutazilites, du moins en partie. C’est pourquoi certains savants sunnites les ont parfois assimilés aux qadarites, et les ont même désignés directement par ce nom.

 

La Hashawiyya

Il s’agit de ceux qui interprètent les textes de manière strictement littérale et exagèrent dans l’attribution d’attributs à Dieu, ce qui les conduit à l’anthropomorphisme (tajsīm), c’est-à-dire à attribuer à Dieu des caractéristiques humaines.

On distingue deux formes d’anthropomorphisme :

        • L’anthropomorphisme explicite (ṣarîḥ) qui consiste à affirmer, par exemple, que Dieu a un corps comme les autres corps.
        • L’anthropomorphisme linguistique (lafẓân) qui consiste à dire, par exemple, que Dieu a un coprs mais pas comme les autres corps. 

Un des groupes les plus connus dans le courant anthropomorphiste est la secte des karramites, fondée par Muḥammad ibn Karrām (m. 256 H). Certaines branches chiites ont également défendu ces conceptions. De plus, certains savants du hadith ont soutenu ces idées, parfois en prétendant — à tort ou maladroitement — suivre l’Imam Aḥmad ibn Ḥanbal à ce sujet.

Le Wahhabisme, fondé au XVIIIᵉ siècle et aujourd’hui couramment appelé Salafisme, a été largement influencé par ces groupes anthropomorphistes dans sa compréhension des attributs divins.

 

Le Murjisme

Ils affirment qu’aucun péché ne peut nuire à la personne si elle possède la foi (īmān), et que celle-ci ira directement au Paradis, quel que soit le péché commis, tant que sa foi demeure.

Ce groupe a disparu, mais une pensée similaire à celle des murjites — selon laquelle la foi et la sincérité du cœur priment, et que les obligations religieuses (farā’iḍ) établies par la Loi ne sont pas essentielles et peuvent être négligées — existe encore aujourd’hui chez certains musulmans. Cette conception est souvent résumée par l’idée que « c’est le cœur qui compte ».

Il convient également de noter que certains prétendent que l’Imam Abū Ḥanīfa et ses disciples seraient des murjites, ce qui est bien entendu faux. Leur position est claire : celui qui commet un grand péché (kabīr) et meurt sans se repentir voit sa situation laissée à la Volonté divine. S’Il le veut, Il le pardonne ; s’Il le veut, Il le châtie. Cette position constitue la doctrine authentique des sunnites et ne doit en aucun cas être considérée comme un cas de murjisme égaré.

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