Introduction au Wahhabisme


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Louange à Allah, Seigneur de l’univers, et que la paix et la miséricorde d’Allah soient sur notre bien aimé Muhammad, le sceau des Prophètes, le serviteur et le Messager d’Allah. Et que la paix et la miséricorde d’Allah soient sur sa noble famille.

Nous avons décidé en cette époque trouble et confuse, d’écrire un article pour essayer de clarifier les choses à propos de l’Islam et des différents groupes appelant chacun à la vérité. Il n’y a rien de mieux que l’histoire pour comprendre comment sont apparu les différents courants de l’Islam et notamment le courant Wahhabite/Salafiste qui est apparu il y a peine plus de 200 ans. Ainsi, nous vous proposons ici, un très bref rappel historique sur ce qu’est et ce qu’était l’islam avant l’apparition de ce nouveau groupe.

Définition d’une secte :

Nous avons cru bon de rappeler la définition de ce qu’est une secte, étant donné que de nombreux ignorants en cette époque utilisent ce mot à tout va. On peut définir une secte par un « groupement religieux, clos sur lui-même et créé en opposition à des idées et à des pratiques religieuses dominantes. »

D’un point de vue religieux, une secte est donc un groupe, qui apparaît à un moment donné dans l’histoire d’une religion et qui professe une doctrine et/ou des idées contraires à l’écrasante majorité (l’orthodoxie). Ainsi, il s’agit d’un petit groupe d’individu prétendant détenir la vérité absolue tandis que la majorité est dans l’erreur (ou l’égarement pour reprendre leur vocabulaire).

Une secte a aussi toujours un ou plusieurs Gourous qui ont la vérité absolue et dont le savoir est incontestable. Cela a pour conséquence d’empêcher les adeptes de la secte d’avoir le moindre esprit critique et d’altérer leur bon sens. Il y a une idée de culte de la personnalité, c’est à dire que ces individus peuvent critiquer tout le monde mais cependant critiquer un de leur gourou équivaut pour eux à commettre une abomination proche du blasphème.

Ainsi, vous trouverez toujours chez ces individus des comportements agressifs, violents et une attitude marginale. On les reconnait par leur vocabulaire et les noms par lesquels ils s’appellent (les gens du minhaj, les gens de la sunna …). Autant vous dire qu’il est très difficile d’avoir une discussion sérieuse et raisonnée avec ce genre d’individus étant donné qu’il partent toujours avec l’idée qu’ils détiennent la vérité absolue et que vous n’êtes qu’un « égaré », à leur yeux vos propos ne valent rien.

Nous rappelons toutefois, qu’une secte ne rend pas forcément mécréante les personnes qui la composent. Craignons Allah et ne jetons pas l’anathème sur les musulmans.

L’islam : Du Prophète Muhammad (saw) jusqu’à la fondation des écoles :

Durant l’époque bénie du Prophète (saw) il existait déjà des divergences entre ses compagnons. En effet, cela est illustré par le hadith suivant (et d’autres) : « Un jour de guerre, le Prophète (saw) s’adresse aux compagnons qui allaient faire le voyage pour rencontrer l’ennemi, en leur disant : « Vous ne ferez la prière de ‘Asr qu’au village de Banû Qurayda » Chemin faisant, et voyant que le soleil allait bientôt se coucher, une partie des compagnons a interprété (compris) la parole du Prophète (saw) comme une indication qu’il fallait que la prière de ‘Asr soit accomplie avant l’arrivée au village et ils ont alors accompli cette prière de suite. L’autre partie a compris qu’il ne fallait faire la prière de ‘Asr qu’une fois au village ; et ils sont arrivés très tard la nuit à ce village et y ont accompli la prière…  Les compagnons étaient très embarrassés et de retour chez le Prophète (paix et salut sur lui), il donna raison aux deux parties et accepta les deux interprétations (Al Bukhari). »

De plus à la mort du Prophète (saw) les compagnons ont divergé sur de très nombreux points (ne relevant pas des piliers de l’islam). Ainsi, ces compagnons qui ont hérité du savoir du Prophète (saw) l’ont compris, l’ont interprété et l’ont transmis aux successeurs, et ces derniers à leurs successeurs. Avec les conquêtes et l’expansion de l’islam, beaucoup de compagnons durent quitter Médine afin de propager et expliquer l’islam, c’est le cas de AbdAllah Ibn Mas’oud par exemple, qui se rendit à Koûfa, la ville récemment bâtie par Amir Al Mu’minin Omar (ra). Ibn Mas’oud (ra) se retrouva dans une société très différente de l’Arabie, une société complexe et multi culturelle. Ainsi, il se retrouva devant beaucoup de situations nouvelles et non traitées par la révélation, ce qui aura pour conséquence l’élaboration d’une méthode de déduction particulière et très précise,qui deviendra celle de l’école hanafite. (Voir l’article sur l’école hanafite).

En plus de cela, la propagation rapide de l’islam dans les diverses régions conquises a favorisé l’émergence de sectes et d’idéologies nouvelles inspirées des cultures et croyances locales. Dès lors il a fallu apporter un cadre avec des règles strictes et des méthodologies conformes, au risque de voir les musulmans récemment convertis être trompés par ces courants nouveaux. C’est dans ce contexte que naquirent les quatre écoles juridiques fondées par les héritiers du savoir des compagnons. Ces écoles ont su apporter un cadre au monde musulman et éviter l’anarchie causée par le manque de règles strictes. Ainsi, le fiqh s’est élaboré à partir de ces écoles, et elles sont aujourd’hui les seules garanties de suivre le Prophète (saw) et les compagnons, car ces écoles sont toutes fondées par les héritiers du savoir des compagnons. A titre d’exemple l’Imam Abu Hanifa (ra), fondateur de l’école Hanafite a rencontré 7 compagnons de son vivant ! Il a reçu sa science d’une chaîne de transmission très courte remontant au Prophète (saw) en passant par AbdAllah Ibn Mas’ud (ra) et Ali (as).

Ainsi, le fiqh a su être préservé par ces quatre écoles. Or, des années plus tard, un autre problème s’est posé à la Oumma: celui de l’augmentation de croyances nouvelles de plus en plus nombreuses et contraires à l’islam et notamment du Mu’tazilisme, qui deviendra une secte très puissante, même au sein du gouvernement de l’époque. Ainsi, il a fallu comme pour le fiqh apporter un cadre à la croyance afin de la préserver et la transmettre aux générations futures. C’est ainsi qu’apparurent deux Hommes : L’Imam Abul Mansour Al Maturidi et L’Imam Abul Hassan Al Ach’ari (ra). Les deux Imams (qui sont également des Salâf) fonderont les deux écoles explicatives du Tawhid et les suiveurs de ces deux écoles seront appelés par la suite « Ahlul Sunna Wal Jama’a ». Ils feront également tomber le mu’tazilisme et triompher le sunnisme authentique. A titre d’exemple Abu Mansour Al Mâturidi connu à son époque comme l’Imam Al Huda (l’imam de la guidance) est le transmetteur de la croyance de l’Imam Abu Hanifa, qui rappelons-le est le grand Imam de l’époque des Salâf, l’héritier de la science des compagnons.

Voici, ci-dessous trois chaînes de transmission reliant Abu Mansour Al Mâturidi à Abu Hanifa (ra) :

  • Abul Mansûr Al Mâturîdî d’après Muhammad Ibn Mutaqil, d’après Abul Mu’ti Al Balkhi d’après l’Imam Abu Hanifa (ra)
  • Abul Mansûr Al Mâturîdî d’après Abu Bakr Al Jawzajani et Abu Nasr Al ‘Iyadi, d’après Abu Suleyman Mussa Ibn Suleyman, d’après Abu Yusuf et Muhammad Ibn Al Hassan (les célèbres élèves d’Abu Hanifa) d’après Abu Hanifa (ra)
  • Abul Mansûr Al Mâturîdî d’après Ismael Ibn Hammad, d’après Hammad Ibn Abu Hanifa d’après Abu Hanifa (Ismael et Hammad ne sont autres que les petit fils et fils de L’Imam Abu Hanifa)

L’écrasante majorité des sunnites depuis 1400 ans suivent une de ces deux écoles dans la croyance (il y a également la croyance des Ahl Al Hadith mais qui est très minoritaire) et l’une des quatre écoles dans la jurisprudence car ils sont les seules et uniques garanties de suivre le Prophète (saw) selon la compréhension saine des Salâf. Il est quasiment impossible de trouver un savant sunnite qui n’ait pas adhéré à une de ces écoles dans toute l’histoire musulmane. Va-t-on aujourd’hui prendre une voie différente de l’ensemble des musulmans depuis 1400 ans ? Qu’Allah nous préserve d’une telle idée …

Le problème des musulmans aujourd’hui outre l’ignorance, c’est qu’ils se laissent tromper par des discours très simplistes et réducteurs comme « Nous suivons le Coran et la Sunna » ou encore « Nous suivons l’école du Prophète ». En réalité, ces écoles se basent justement sur le Coran et la Sunna et selon la compréhension des plus grands maîtres de l’islam et du salaf (les trois premières générations de l’islam). Les fondateurs de ces écoles ont reçu leur science directement des élèves des compagnons du Prophète (saw). Qui mieux que ces nobles savants et leurs élèves peuvent nous expliquer la parole d’Allah et de son Messager ? Le souci, c’est que les musulmans d’aujourd’hui ne font pas la différence entre une école méthodologique (pour expliquer la jurisprudence ou la croyance) qui représente en réalité la divergence bénie et accepté en Islam, et l’Islam en tant que tel. Dès lors, toutes les écoles sont vues d’un œil méfiant par le musulman lambda qui disons-le, n’a pas étudié l’islam mais s’est contenté de fréquenter le net et les réseaux sociaux en particulier inondés de sources peu fiables …

C’est cette vision moderne (individualisation, consommation de l’information, volonté de s’affirmer ect …) emprunté à l’occident qui est la principale cause de l’effondrement de l’islam millénaire pour un islam 2.0 qui n’a jamais existé par le passé … L’orgueil empêche les musulmans d’aujourd’hui de reconnaître qu’ils ne sont tout simplement rien devant les plus grands maîtres que l’islam ait connu, et sans qui nous n’aurions pas reçu l’islam car ce sont eux qui ont préservé l’islam et qui nous l’ont transmis. Et aujourd’hui il se trouve des gens pour abandonner 1400 ans d’histoire et adopter des positions nouvelles et récentes … Quel comble !

Une autre dimension de l’islam unanimement reconnue (voir le hadith de Jibril) mais aujourd’hui décriée et critiquée à tort (toujours à cause de cette propagande mais aussi à cause du matérialisme et de l’éloignement des musulmans de toute forme de spiritualité pour une pratique de l’islam basé exclusivement sur des gestes et des paroles mécaniques) : Il s’agit du Tasawwuf.

En effet, le Tasawwuf souffre aujourd’hui d’une très mauvaise image à cause de la propagande mensongère des Wahhabites mais aussi par certains charlatans parlant au nom du Tasawwuf. Le contexte actuel (matérialisme, consommation, laïcisation des sociétés et des mœurs) est également une des raisons expliquant cet éloignement de la spiritualité.

Ainsi, cette vision de l’islam à traverser les siècles, des Salaf (nos pieux Anciens) jusqu’à la chute du Califat Ottoman en 1924 (et là encore les Wahhabites avec le soutien des britanniques ont joué un grand rôle dans la destruction du dernier état islamique pour le remplacer par le royaume Saoudien). Cette vision est toujours aujourd’hui la vision dominante dans le monde musulman, mais de plus en plus de personnes et notamment les jeunes se font avoir par le Wahhabisme/Salafisme.