Les statuts légaux


hukum

On distingue deux catégories de jugement : Al Ahkam At-taklifia (de la responsabilité) et Al Ahkam Al Wad’iya (de l’indication).

Al Ahkam At-taklifia (de la responsabilité)

Il y a 5 statuts légaux en Islam concernant le jugement de responsabilité :

  • Fard/Wajib (obligatoire)
  • Mandub (recommandé)
  • Makrouh (déconseillé)
  • Mubah/Jayz (Autorisé)
  • Haram (Interdit)

FARD/WAJIB (Obligatoire)

Il s’agit de l’obligatoire, ce que l’on doit faire. On reconnaît le Wajib lorsqu’il y a un ordre et celui qui ne respecte pas le Wajib/Fard risque le châtiment d’Allah ta’ala. Les Hanafites font une distinction entre Fard et Wajib. En effet, le Fard c’est lorsqu’il y a un argument qui prouve son existence avec certitude (Qath’i) alors que le Wajib n’est pas basé sur la certitude comme l’obligation de la Barbe par exemple.

Le fard nécessite la croyance et la pratique, car tout ce qui est Fard provient d’Allah il n’y a donc pas possibilité d’erreur sur ce sujet (comme l’obligation de la prière). Nier le fard est une apostasie en Islam. Le Wajib nécessite juste la pratique car il y a toujours une possibilité d’erreur, et s’il y a possibilité d’erreur l’acte ne peut avoir le même statut que le Fard car la croyance pour qu’elle en soit une, nécessite la certitude. Nier le Wajib n’est pas une apostasie contrairement au Fard.

Un ordre devient donc obligatoire tant qu’il n’y a pas un argument prouvant le contraire. Par exemple on sait d’après Anas que le Prophète (saw) a interdit de boire debout (Mouslim). Or, dans d’autres hadith on apprend que le Prophète (saw) a bu debout.

Le temps de l’obligation : Pour les Hanafites c’est le dernier temps. Ainsi, pour l’accomplissement de la prière de Asr par exemple, il est obligatoire dès le début du temps dans les autres écoles alors que chez les Hanafites elle devient obligatoire au dernier temps (juste avant la prière de Maghreb). Ce qui veux dire qu’on peut très bien prier au dernier moment dans l’école Hanafite, la prière sera valide.

MANDUB/SUNNA (le recommandé)

Celui qui le fait avec soumission mérite une récompense, celui qui ne le fait pas ne mérite pas de châtiment. On reconnaît le mandub lorsqu’il y a un ordre qui indique le recommandé, on le reconnaît aussi lorsqu’il y a une récompense.

Chez les Hanafites tout ordre (‘Amar) indique l’obligation en théorie, sauf argument contraire. Par exemple, Abu Qatâda rapporte que le Prophète (saw) a dit : « Lorsque l’un de vous entre dans la mosquée, qu’il ne prenne pas place avant d’avoir fait deux inclinaisons » (Al-Boukhâri et Mouslim). Dans un autre hadith un homme venu du Najd vint voir le Prophète pour qu’Il (saw) lui donne des recommandations, parmi ces recommandations et conseils il y a l’obligation des 5 prières obligatoires.

Donc nous voyons que le premier hadith indique l’ordre mais le deuxième montre que cela est juste une recommandation puisque le Prophète (saw) n’a pas parlé de la prière de salutation de la mosquée comme une obligation.

MUBAH/JAYZ (autorisé)

Ni Halal ni Haram, l’acte est autorisé. A noter qu’un acte Mubah peut devenir obligatoire s’il permet à certains d’éviter le Haram.

MAKROUH (déconseillé)

Celui qui le fait n’a pas de châtiment. Les Hanafites distinguent ici aussi, deux types de Makrouh : Makrouh tanzihi (légèrement déconseillé) et le Makrouh Tahrimi (fortement déconseillé et quasi synonyme de Haram)

HARAM

Ce qui est interdit. Celui qui le fait mérite le châtiment d’Allah. On le reconnaît grâce à :

  • Une interdiction (« ne faite pas », « ne tuez pas » …)
  • Un ordre d’éviter (« Évitez les 7 grands péchés »)
  • Le châtiment (« Allah a maudit untel »)

Une chose importante à souligner, Allah dit dans le Coran : « Et ne dites pas, conformément aux mensonges proférés par vos langues : « Ceci est licite, et cela est illicite », pour forger le mensonge. » (Coran 12 ;40). C’est pourquoi les savants du salâf avaient peur de prendre la responsabilité de parler au nom d’Allah, ils ne disaient jamais Halal ou Haram. Ils disaient plutôt « je n’aime pas cela » ou des formules de ce type. Sauf si l’acte en question est clairement Haram, avec certitude (comme l’adultère par exemple). Il est triste de constater aujourd’hui que les musulmans sont obsédés par le Haram, alors que même les savants du Salâf se gardaient de prononcer ce statut à tout-va. Les simples musulmans ne sont pas autorisés à prononcer le Halal ou le Haram en s’appuyant sur le Coran et la Sunna car il n’en ont tout simplement pas les compétences.

Al Ahkam Al Wad’iya (de l’indication)

Il y a deux statuts : As-Siha (la validité) et Al-Boitlan (L’invalidité). Cette indication concerne nos Ibadat (adorations) et nos Mu’amalat (relations).

Définition : Chez les Hanafites, la validité fait tomber le rattrapage. Dans les autres écoles, c’est tout ce qui est compatible avec l’ordre (faire ce qu’on nous demande de faire). Par exemple, pour les Hanafites une personne qui prie sans ses ablutions voit sa prière invalidé et il doit la rattraper.

Dans les Mu’amalat par exemple il faut voir si l’acte est valide ou pas. Par exemple : Une personne qui vend de l’alcool mais qui n’a pas encore reçu le paiement n’est pas tenu d’être payé car l’acte en lui même est interdit (alcool). On reconnaît le statut d’un acte grâce à : An-Nafi (la négation) An-Nahi (l’interdiction).

Dans un acte, il y a trois éléments à prendre en compte (Exemple de la prière) :

  • l’Acte en lui même (Pour la prière par exemple il s’agit de l’intention jusqu’au salam final, c’est à dire la prière en elle même)
  • Kharij al Azim : Élément extérieur ayant un rapport de dépendance avec l’acte (Ablutions, Kibla, pureté des vêtements …)
  • Al Kharij Ghair ul Azim : Élément extérieur n’ayant pas de rapport de dépendance avec l’acte (prier avec des vêtements volés …).

Ainsi pour quelqu’un qui prie avec des vêtements volés. La prière est l’acte en lui-même (mouvement de la prière …), les vêtements ont un rapport direct parce qu’on se couvre avec, et le fait qu’ils soient volés n’a pas de rapport avec l’acte en lui-même (l’adoration). L’interdiction touche donc un de ces trois éléments : si elle touche l’acte, l’acte est interdit (vendre de l’alcool).

Chez les Hanafites un acte n’est invalide que si c’est l’acte en lui même qui est Haram. Ainsi prier avec des vêtements volés n’invalide pas la prière, mais la personne commet un péché. Il faut faire la différence entre le statut de la responsabilité (haram, halal …) et le statut de l’indication (valide/invalide). Dans l’école Hanafite l’interdit indique la validité en règle général Allah ta’ala nous laisse le choix de faire ou de ne pas faire (c’est une épreuve, une sagesse). L’islam ne nous interdit pas un acte s’il est déjà invalide, cela n’a pas de sens. Bien sur si l’acte en lui même est interdit alors l’acte est invalide, mais si c’est un élément extérieur qui est interdit alors il est valide chez les Hanafites.