Qu’est-ce que l’argument du Burhān al-Tatbīq ?

 

Question

À quoi correspond le terme Burhān al-Tatbīq dans la science du kalām ?

 

Réponse

C’est le nom d’une preuve rationnelle (dalīl ‘aqlī) utilisée dans la science du kalām. Lorsqu’on affirme l’existence nécessaire d’un Être sans commencement (qadīm), cette affirmation peut être contestée. Le raisonnement est alors le suivant : toute chose existante est produite par une cause. Si l’on considère que cette cause elle-même provient d’une autre cause, et ainsi de suite, deux hypothèses se présentent :

      • La première hypothèse est que cette chaîne de causes s’arrête à un moment donné avec une cause première non causée. Cela constitue la preuve de l’existence d’un Être sans commencement (qadīm).
      • La deuxième hypothèse est que les causes s’enchaînent à l’infini dans le passé, sans jamais s’arrêter. Cela correspond au concept de tasalsul, l’enchaînement illimité.

La preuve rationnelle appelée Burhān al-Tatbīq — c’est-à-dire la démonstration par superposition, emboîtement, concordance ou correspondance — permet de montrer rationnellement que l’enchaînement infini est impossible, et que l’existence d’une cause première reste la seule hypothèse valable.

Pour expliquer en détail le raisonnement, on peut se référer à la traduction française de l’article 293 (p. 107) du Kitāb at-Ta’rīfāt de l’imam al-Jurjānī (Le Livre des Définitions, traduction par Maurice Gloton), bien que cette démonstration rationnelle puisse être difficile à saisir pour un débutant dans l’étude des preuves rationnelles :

On suppose, d’une part, un premier ensemble causal (jumla) composé, par exemple, d’un nombre indéterminé de termes causés, partant du dernier causé ; et, d’autre part, un deuxième ensemble causal, également composé d’un nombre indéterminé de termes causés, partant du terme qui précède immédiatement celui retenu dans le premier ensemble.

On applique ensuite ces deux ensembles en mettant en correspondance le premier élément du premier ensemble avec le premier élément du second, le deuxième élément du premier avec le deuxième du second, et ainsi de suite.

Si chaque élément du premier ensemble correspond à un élément du second, les éléments qui y manquent (nāqis) sont considérés de la même manière que ceux qui y sont excédentaires (zā’id), ce qui est absurde. En effet, si cette correspondance n’existe pas, cela signifie que certains éléments du premier ensemble n’ont pas leur correspondant dans le deuxième ensemble. Celui-ci s’interrompt alors et oblige, par voie de conséquence, le deuxième ensemble à s’interrompre et à se limiter, entraînant de fait la limitation du premier ensemble. En effet, le premier ensemble ne dépasse le second que dans la mesure d’une limitation, et ce, parce que tout ajout à une donnée finie est nécessairement limité. [Fin de citation]

Wallāhu a’lam.

 

— [Shaykh] Abdulhakim Murat

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