Retarder la conversion de quelqu’un est-il une mécréance ?

 

Question

Est-il vrai que, dans l’école ḥanafite, on devient mécréant lorsqu’on retarde la conversion de quelqu’un à l’Islam ? Cette règle s’applique-t-elle aussi lorsque cela est fait involontairement ou seulement pendant quelques secondes ? Par exemple, si quelqu’un souhaite se convertir et que, avant la shahādah, on lui dit : « Tu es prêt ? Tu vas répéter après moi » au lieu de dire simplement « Répète après moi ». Ou encore dans des situations d’urgence, comme retarder la conversion pour aller sauver un enfant tombé sur les rails alors qu’un train arrive.

 

Réponse

Cette question n’est pas propre à l’école ḥanafite. En réalité, on trouve souvent davantage de détails à ce sujet dans les ouvrages de fiqh shāfiʿī que dans les livres de fiqh ḥanafī, où cette question n’est généralement pas traitée de manière très développée. Elle est toutefois évoquée de façon générale dans certains ouvrages de ʿaqīdah, mais sans toujours entrer dans autant de détails que ceux recherchés.

Le sujet est directement lié à la notion de riḍā bi-l-kufr, c’est-à-dire le fait d’approuver la mécréance. En principe, être satisfait de la mécréance d’une personne constitue lui-même de la mécréance, bien qu’il existe certaines exceptions.

Ainsi, retarder la conversion d’une personne qui vient pour embrasser l’Islam ou pour se renseigner peut être interprété comme une forme d’acceptation qu’elle demeure dans le kufr pendant ce laps de temps. Cela est considéré comme très grave, car cette personne pourrait mourir durant ce moment.

Pour cette raison, il convient de ne pas retarder la conversion de quelqu’un qui souhaite entrer en Islam. Il n’est notamment pas correct de lui demander d’accomplir le ghusl avant de prononcer la shahādah, car le ghusl n’est pas une condition préalable à la conversion.

Cependant, on ne peut pas déclarer automatiquement mécréante la personne qui retarde une conversion — même si l’acte peut constituer une grave erreur — car le jugement dépend de son intention. Si l’intention n’est pas liée à une satisfaction vis-à-vis du kufr, on ne peut pas juger directement qu’il s’agit de mécréance.

Ainsi, dans les cas de force majeure — comme l’exemple de l’enfant en danger sur les rails — ou lorsque de très courtes phrases sont prononcées involontairement, telles que « Tu es prêt ? Répète après moi », il n’est pas question de mécréance. Ces paroles sont dites dans le cadre même de la conversion ou de la présentation de l’Islam.

À titre d’exemple, certains livres de fiqh mentionnent que si une personne est en prière et qu’un individu appelle à l’aide parce qu’il risque de mourir, alors celui qui prie doit interrompre sa prière pour aller le secourir s’il en est capable. En revanche, si quelqu’un vient pendant la prière pour demander à être invité à l’Islam, il est simplement permis — et non obligatoire — d’interrompre la prière pour cela. En effet, la personne se trouve déjà dans un acte d’adoration, tandis que l’invitation à l’Islam est également un acte d’adoration ; il n’est donc pas obligatoire d’annuler la prière dans ce cas.

En dehors du cas où l’on est engagé dans la prière, il n’est toutefois pas permis de retarder la demande d’une personne qui souhaite embrasser l’Islam.

Wallāhu a’lam.

 

— [Shaykh] AbdulHakim Murat

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