La foi (īmān) peut-elle augmenter ou diminuer ?

Question

Il est souvent mentionné que l’imām Abū Ḥanīfah a dit que la foi (īmān) n’augmente ni ne diminue, tandis que d’autres savants affirment qu’elle peut augmenter et diminuer. Pouvez-vous expliquer clairement ce qu’il en est réellement ? Que doit-on affirmer à ce sujet dans notre croyance maturidite ?

Réponse

Selon l’imām Abū Ḥanīfah, et donc selon l’école maturidite, la foi (īmān) est unique et indivisible : on l’a ou on ne l’a pas. Elle se compose de deux éléments essentiels : l’attestation par la langue (iqrār) et l’adhésion du cœur (taṣdīq).

Le cœur adhère entièrement ou n’adhère pas, ou encore il adhère avec doute. Dans les deux derniers cas, il s’agit de mécréance (kufr) et non de foi — à ne pas confondre avec les insufflations sataniques (waswās).

Ce qui distingue les croyants, c’est plutôt leur taqwā et, dans une certaine mesure, la force de leur foi. La foi peut se fortifier, mais on ne peut pas dire qu’elle augmente en quantité.

En arabe, le terme ziyādah est parfois traduit par « augmentation », mais il s’agit là d’une augmentation quantitative. Les Ḥanafites refusent donc que la foi augmente en quantité (sauf à l’époque de la révélation, lorsque les versets descendaient progressivement et qu’il fallait croire en de nouvelles révélations, ce qui augmentait la quantité de ce qui devait être cru). Cependant, ils acceptent que la foi puisse s’accroître en qualité.

En réalité, la divergence sur cette question est surtout rhétorique selon de nombreux savants. Dans la pratique, les effets sont très proches, quel que soit le point de vue adopté.

L’imām at-Tahāwī résume parfaitement cette position dans sa célèbre ʿAqīdah :

« La foi est unique et tous ceux qui la possèdent sont égaux quant à sa possession. Ce qui les différencie, c’est la crainte (khawf), la piété (taqwā), la maîtrise des passions et l’attachement aux choses vertueuses. »

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