Question
Quel est l’avis de l’école hanafite sur le sujet de zakāt al-fiṭr (l’aumône de rupture de jeûne) ?
Réponse
Voici les principales règles concernant la zakāt al-fiṭr (ou Sadaqat al-fiṭr, également appelée fiṭrah) selon le Mukhṭaṣar de l’Imām al-Qudūrī et le Nūr al-Īdāh.
1. Obligation de l’aumône de rupture
L’aumône de rupture du jeûne est obligatoire (wājib) pour chaque musulman libre qui possède le niṣāb en plus de ses besoins essentiels, tels que son logement, ses vêtements, ses meubles, sa monture et ses armes. Contrairement à la zakāh, il n’est pas requis que les biens soient « productifs ». De plus, celui qui atteint ce niṣāb ne pourra ni recevoir de zakāt al-māl ni de zakāt al-fiṭr, et devra accomplir le sacrifice prévu pour la fête du sacrifice (ʿĪd al-Adḥā).
2. Pour qui payer
Il devra verser cette aumône pour lui-même et pour ses enfants non pubères. Il n’est pas obligé de la verser pour son épouse ni pour ses enfants pubères, même s’ils sont à sa charge. Et si les mineurs disposent de biens suffisants, l’aumône sera prélevée sur leurs propres biens.
3. Montant de la fiṭrah
La fiṭrah correspond à ½ sāʿ de blé (ou farine de blé) ou à 1 sāʿ de dattes, raisins secs ou orge. Le sāʿ, selon l’avis retenu de l’école, correspond à 8 ritl irakiens. Un sāʿ de blé équivaut donc à environ 3,2 à 3,6 kg selon les différentes estimations contemporaines. Aujourd’hui, comme le prix du blé et de l’orge est très bas et qu’un demi sāʿ de blé (~1,8 kg) ne suffit pas pour nourrir un pauvre une journée entière, il est recommandé d’utiliser plutôt le référentiel des dattes ou des raisins secs. Le mieux reste de suivre les recommandations des autorités religieuses locales, qui fixent un prix moyen en tenant compte du coût des denrées et des besoins des pauvres.
4. Mode de paiement
Cette aumône peut être donnée en nature ou en argent selon la valeur des biens cités. En dehors des périodes de pénurie, il est préférable, selon notre école, de donner la valeur en argent plutôt qu’en nature, car cela est plus avantageux pour le pauvre, qui pourra ainsi acheter ce dont il a réellement besoin.
5. Moment de l’obligation
La fiṭrah doit être versée à partir du lever de l’aube du jour de la fête du Ramadan. Celui qui meurt avant ce moment n’a pas à la payer, de même que celui qui naît ou embrasse l’Islam après ce moment. Il est conseillé de verser cette aumône le jour de la fête, avant de se rendre au lieu de prière. La distribuer avant le jour de la fête est permis, mais la retarder au-delà de ce jour est blâmable. Dans tous les cas, l’obligation reste due et devra être accomplie.
6. Destinataires
La fiṭrah, comme la zakāh, doit être donnée en priorité aux pauvres de sa région, selon l’ordre suivant :
- La proche famille (sauf ceux légalement à sa charge)
- Les voisins
- Les habitants du quartier
- Les collègues
- Les habitants de la ville, etc.
Il est blâmable d’envoyer la zakāh ou la fiṭrah dans une autre région ou un autre pays, sauf dans les cas suivants :
- Pour des membres de sa famille vivant ailleurs.
- Pour des personnes encore plus nécessiteuses que les pauvres de sa région.
- Pour des pauvres plus pieux que ceux de sa région.
- Ou lorsque ce don sera plus profitable aux musulmans, par exemple en soutenant des étudiants en science pauvres à l’étranger.
Wallāhu aʿlam.
— [Shaykh] Abdulhakim Murat
