Qu’en est-il du calcul astronomique ?
Question
Chaque année, à l’approche du mois de Ramadan, des divergences apparaissent sur la détermination de son début et de sa fin. Peut-on utiliser les calculs astronomiques pour les fixer, et cette méthode est-elle valide selon la jurisprudence islamique ?
Réponse
La détermination du mois de Ramadan constitue, depuis de nombreuses années, une question récurrente de débat et de divergence au sein de la communauté musulmane, notamment en raison de l’absence, dans certains pays, d’une autorité religieuse traditionnelle pleinement légitime et unanimement reconnue.
Cette situation entraîne chaque année des discussions et des positions divergentes quant à la méthode permettant d’établir l’entrée de ce mois béni.
L’avis majoritaire : la vision oculaire
Ce que l’on peut retenir de nos ouvrages de référence en matière de fiqh Ḥanafī est que la détermination de ce mois béni repose, dans son principe, sur la vision oculaire du croissant lunaire (hilāl), et cet avis demeure celui sur lequel repose la fatwa dans notre école juridique.
En se fondant sur le ḥadīth dans lequel notre maître Muḥammad — la grâce divine et la paix sur lui — nous ordonne de jeûner à la vue du croissant de Ramadan et de rompre le jeûne à la vue du croissant de Shawwâl, les savants expliquent que la cause juridique (ʿilla) retenue est précisément la vision oculaire.
Dans un autre ḥadīth, il est également rapporté : « Si le ciel est couvert, complétez alors le mois à trente jours. »
En prenant en considération ces textes, ainsi que d’autres preuves juridiques, la grande majorité des juristes appartenant aux différentes écoles de droit ont affirmé qu’il n’était pas permis de recourir aux calculs astronomiques pour déterminer l’entrée du mois.
L’avis minoritaire : le recours au calcul astronomique
Toutefois, une minorité de savants a permis le recours au calcul, expliquant que le Prophète — la grâce divine et la paix sur lui — a prescrit la vision en raison des moyens limités dont disposait la communauté à son époque, comme l’indique le ḥadīth : « Nous sommes une communauté illettrée : nous n’écrivons pas et nous ne calculons pas. Le mois compte tantôt vingt-neuf, tantôt trente jours. »(al-Bukhārī)
Il est en effet indéniable que les calculs astronomiques modernes permettent aujourd’hui d’établir avec une grande précision le début des mois lunaires.
Se fondant sur certains versets évoquant la précision des calculs régissant le soleil et la lune, ainsi que sur une autre version du ḥadīth précédemment cité qui mentionne : « Et si le ciel est couvert, alors estimez-le (faqaddirūhu) », et tenant compte du contexte historique des premières générations, certains savants anciens, ainsi que plusieurs savants contemporains issus de différentes écoles juridiques, ont ainsi autorisé le recours à cette méthode.
La question terminologique : astrologie ou astronomie ?
À titre d’information, l’examen des ouvrages de l’école hanafite révèle la mention suivante : « La parole des munajjimîn n’est pas prise en considération. »
Cependant, plusieurs savants hanafites ont expliqué que le terme al-munajjimîn désigne ici les astrologues et non les astronomes. En effet, dans la terminologie arabe classique, ceux qui pratiquent les calculs astronomiques sont désignés par l’expression ahl al-hay’a. Ainsi, l’interdiction mentionnée viserait l’astrologie et non la science astronomique elle-même.
Nous pouvons donc conclure que, d’un point de vue juridique, en ce qui concerne la détermination du mois lunaire — et plus particulièrement celui de Ramadan — l’avis majoritaire qui fait autorité dans notre école demeure celui de la vision oculaire du croissant.
Toutefois, un avis minoritaire considère qu’il est permis d’utiliser les calculs astronomiques afin d’établir la possibilité de la vision, et que cette simple possibilité peut suffire à établir l’entrée du mois.
La portée géographique de la vision
Une autre question se pose également : lorsqu’une vision du croissant (selon l’avis majoritaire) ou une possibilité de vision (selon l’avis minoritaire) est établie dans une région du monde, cette constatation s’applique-t-elle à l’ensemble des musulmans ou uniquement aux habitants de cette région ?
Les savants ont divergé sur ce point et ont formulé plusieurs positions. L’avis traditionnellement retenu dans l’école hanafite est que la vision observée à l’ouest s’applique également à ceux qui se trouvent à l’est, bien que cette question comporte de nombreux détails juridiques qui ne peuvent être développés ici.
Le rôle de l’autorité religieuse
Après ces clarifications, il convient d’attirer l’attention sur une règle juridique fondamentale : la décision de l’autorité légitime sur une question sujette à divergence met fin à cette divergence.
Autrement dit, l’opinion retenue par l’autorité religieuse d’un pays devient celle qui s’impose à ses habitants, car la fonction même de l’autorité est de préserver l’unité de la communauté et d’éviter la division.
Ainsi, dans les pays qui ont officiellement adopté les calculs astronomiques — comme la Turquie, où cette méthode est appliquée depuis plusieurs décennies — il appartient aux musulmans qui y résident de respecter cette décision afin de préserver la cohésion de la communauté.
C’est notamment pour cette raison que les autorités religieuses représentant les Syriens vivant en Turquie ont déclaré que ces derniers doivent suivre les dates du Ramadan annoncées par la Présidence des Affaires religieuses turques, alors même qu’en Syrie la méthode appliquée reposait sur la vision oculaire.
Vers une approche conciliant calcul et vision oculaire
Pour conclure, il nous semble que l’approche la plus équilibrée consiste à utiliser les calculs astronomiques afin d’écarter les observations manifestement impossibles, tout en confirmant l’entrée du mois par la vision lorsque celle-ci est effectivement réalisable. Cette approche a d’ailleurs été adoptée lors du Congrès du Koweït en 1988.
L’importance du respect et du renforcement des institutions
Enfin, il convient de rappeler la nécessité de respecter les partisans de chacune de ces deux positions juridiques, et d’inviter également les institutions religieuses à promouvoir cet esprit de respect et de responsabilité.
Tant que les institutions religieuses en France ne seront pas à la fois solides, représentatives et enracinées dans la tradition savante, cette question continuera de susciter des tensions et des divergences au sein de la communauté.
Il appartient donc à chacun d’encourager ces institutions à assumer pleinement leur rôle et à œuvrer à l’établissement d’une position commune.
Wallāhu aʿlam.
— [Shaykh] Salih Tutar
