Question
On reproche parfois aux ḥanafites l’essuyage de la nuque lors des ablutions (wuḍūʾ), au motif qu’aucun ḥadīth ne le mentionne explicitement. Sur quelle preuve les savants ḥanafites se sont-ils appuyés pour considérer cet essuyage comme mustaḥab (recommandé) ? Et pourquoi alors ne pas appliquer le dicton hanafite : « Délaisser la divergence est la sunnah des aḥnāf » ?
Réponse
La méthode traditionnelle, surtout en matière de droit (fiqh), consiste à se référer aux personnes habilitées et compétentes pour déterminer le statut d’un acte. Cela constitue à la fois une forme d’humilité et une garantie de progrès dans la science.
Dans notre école, l’avis de référence est que l’essuyage humide (masḥ) de la nuque lors du wuḍūʾ est un acte recommandé (mustaḥab). Cet avis est cité dans des ouvrages classiques et incontestés, par des sommités tels que les imams : al-Sarakhsî, Ibn al-Humam, Ibn ʿĀbidīn, al-Shurunbulâlî, al-Tahâwî, etc.
Peut-on vraiment penser que ces imâms — spécialistes des sciences du ḥadīth, du tafsīr, du fiqh et de la langue arabe — se seraient appuyés sur aucun argument pour rendre cet acte recommandé ?
Il n’est donc pas nécessaire de (re)déduire individuellement le statut de l’acte, car le travail de déduction juridique (ijtihād) a déjà été réalisé par nos savants. Se référer à leurs conclusions suffit. Et demander ces preuves systématiquement est, selon nos maîtres, inapproprié et peut témoigner d’une ignorance ou d’un manque d’humilité — ce qui ne vise évidemment personne en particulier.
Les preuves existent néanmoins et peuvent être consultées dans des ouvrages tels que le Sharḥ Maʿānī al-Āthār ou encore le Iʿlāʾ al-Sunan.
Concernant le dicton hanafite « Délaisser la divergence est la sunnah des aḥnāf », il est vrai, mais il n’est pas applicable dans toutes les situations, notamment lorsqu’il s’agit de délaisser un acte recommandé ou fortement recommandé.
Exemple : refaire ses ablutions après avoir touché ses organes génitaux avec la paume de la main est recommandé pour un homme selon notre école, notamment pour un imam, afin de se conformer à l’école malikite. Dans ce cas, on délaisse la divergence sans délaisser un acte recommandé.
En revanche, pour l’essuyage humide de la nuque lors du wuḍūʾ, délaisser cet acte pour se conformer à une autre école revient à délaisser un acte recommandé dans notre école. Ce n’est donc pas conseillé.
Wallāhu aʿlam.




